Quelle trajectoire pour la France face au changement climatique ?

Face à l’intensification du changement climatique, la France a entamé depuis plusieurs années une transformation de sa politique environnementale, passant de la seule réduction des émissions de gaz à effet de serre à une intégration systématique de l’adaptation au climat futur, c’est-à-dire la capacité à anticiper et à réduire les impacts d’un climat déjà en transformation et qui continuera de changer au XXIᵉ siècle.

Une trajectoire scientifique partagée : la TRACC

Pour que tous les acteurs de la société (collectivités, administrations, entreprises, citoyens…) puissent s’accorder sur le « climat futur » à prendre en compte, la France s’est dotée d’une Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l’Adaptation au Changement Climatique (TRACC). Elle répond à une question fondamentale : à quel climat devons-nous nous préparer ?

La transformation du climat redessine les conditions de vie, de production et d’habitat.

La TRACC repose sur les projections du GIEC international et constitue une hypothèse de travail partagée :

  • environ +2 °C déjà en 2030,
  • +2,7 °C en 2050,
  • et jusqu’à +4 °C d’ici 2100 en moyenne sur le territoire métropolitain, par rapport à l’ère pré-industrielle.

Ce scénario n’est pas un pronostic figé : il reflète les projections les plus plausibles à partir des politiques climatiques actuelles et des engagements nationaux et internationaux. Cette trajectoire devient désormais le référentiel national sur lequel sont fondées les stratégies d’adaptation, évitant ainsi une mosaïque d’hypothèses locales divergentes et donnant aux pouvoirs publics un cadre

Le 3ᵉ Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3)

Publié en mars 2025, le troisième Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC-3) donne corps à cette trajectoire en proposant un ensemble de mesures concrètes d’ici 2030 pour préparer le pays à ces niveaux de réchauffement annoncés.

Ce plan repose sur plusieurs axes stratégiques complémentaires :

  • protéger la population face aux aléas climatiques (canicules, inondations, vagues de chaleur, etc.),
  • renforcer la résilience des territoires, des infrastructures et des services essentiels,
  • adapter les activités humaines, notamment l’agriculture, l’énergie, l’économie,
  • préserver le patrimoine naturel et culturel,
  • mobiliser la société (citoyens, entreprises, collectivités…) pour réussir cette transition.

Ce plan s’appuie sur des diagnostics scientifiques robustes et une large consultation (collectivités, associations, experts), renforçant l’idée que l’adaptation doit être à la fois scientifiquement guidée, socialement acceptée et opérationnellement planifiée.

La France à l’horizon 2100 : penser le territoire dans un climat en mutation

Le changement climatique modifie la carte agricole et certaines cultures traditionnellement méridionales remontent progressivement vers le nord de la France.

Le scénario retenu (jusqu’à +4 °C en 2100) change profondément notre manière de penser l’aménagement, l’économie, l’agriculture et la protection des populations. Par exemple :

  • des canicules plus fréquentes et intenses et des « nuits tropicales » banalisées,
  • une augmentation des sécheresses prolongées et des feux de forêt,
  • des pluies extrêmes et des inondations localisées plus violentes,
  • et une pression accrue sur l’eau, l’agriculture, la santé et la biodiversité.

Ces perspectives ne sont pas fatalistes : elles sont le point de départ d’actions d’adaptation, bien plus efficaces lorsqu’elles sont anticipées que lorsqu’elles sont subies.

Du national au local : territorialiser l’adaptation

L’un des enjeux majeurs du PNACC et de la TRACC est de permettre aux territoires d’intégrer ces données scientifiques dans leurs politiques locales. Cela se traduit par des outils de planification (PCAET, CRTE), des ressources d’aide à l’adaptation, des retours d’expérience et des outils d’aide à la décision mis à disposition sur adaptation-changement-climatique.gouv.fr.

Les territoires disposent ainsi d’un cadre partagé, la TRACC, pour anticiper le climat futur tout en adaptant leurs politiques d’urbanisme, d’eau, d’agriculture ou de santé.

Zoom : quelle trajectoire pour la Normandie ?

La région Normandie s’est elle aussi engagée dans cette dynamique d’anticipation scientifique et d’adaptation territoriale, notamment à travers le GIEC normand. Ce groupe d’experts réunissant chercheurs, spécialistes et scientifiques normands vise à adapter les connaissances climatiques et leurs impacts aux réalités du territoire régional.

Les territoires côtiers font partie des zones les plus vulnérables face aux évolutions climatiques, en raison de l’érosion du littoral, de la montée du niveau de la mer et de l’intensification des tempêtes.

Les travaux du GIEC normand couvrent des thématiques clés comme :

  • l’eau (qualité, disponibilité, risques naturels),
  • la biodiversité marine et terrestre,
  • les sols, l’agronomie et l’agriculture,
  • la qualité de l’air,
  • les systèmes côtiers,
  • la santé publique,
  • et les risques liés aux aléas météorologiques.

Ces synthèses ont permis à la Région de définir un Plan d’actions climat fondé sur les constats scientifiques du GIEC normand, visant à renforcer la résilience collective et à accompagner l’adaptation locale sur l’ensemble du territoire normand.

Des initiatives comme l’Appel à Manifestation d’Intérêt « Territoires et climat » ou des dispositifs d’accompagnement des collectivités illustrent cette volonté d’imbriquer l’échelle locale dans la trajectoire nationale d’adaptation.

La science se met également au service de l’adaptation au changement climatique, notamment avec le Human Adaptation Institute fondé par Christian Clot. Découvrez notre article à ce sujet ici.

Ainsi, la politique d’adaptation au changement climatique en France s’appuie désormais sur une trajectoire partagée pour tous les territoires, un plan national d’adaptation structuré et des groupes d’experts régionaux comme le GIEC normand pour traduire les enjeux globaux à l’échelle locale.

Pour en savoir plus sur l’adaptation climatique au niveau mondial, cliquez ici.

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L’adaptation au changement climatique : le monde en mouvement

Dans un monde qui pourrait se réchauffer de 2,7 °C d’ici 2050, adapter nos territoires et nos modes de vie est une nécessité (Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique – TRACC, Ministère de la Transition écologique, 2023).


Alors que les vagues de chaleur se multiplient, que certaines régions connaissent des sécheresses inédites et que les littoraux subissent une érosion accélérée, l’adaptation désigne l’ensemble des mesures mises en place pour réduire la vulnérabilité des sociétés et des territoires aux impacts du climat. Il s’agit de repenser l’urbanisme, l’agriculture, la gestion de l’eau, les infrastructures et nos modes de vie pour faire face à un monde déjà transformé.

Face aux épisodes de sécheresse, territoires et agriculteurs expérimentent de nouvelles pratiques résilientes.

En France : adaptation intégrée dans la loi et planification nationale

La France a franchi une étape majeure en inscrivant la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation dans le code de l’environnement par décret le 23 janvier 2026. Cette trajectoire, construite à partir des données du GIEC (6ᵉ Rapport d’évaluation, groupe I, science du climat, 2021), sert de référence pour les politiques d’adaptation : elle prévoit des scénarios de +2 °C à +2,7 °C d’ici 2050 et jusqu’à +4 °C en moyenne d’ici la fin du siècle si les émissions continuent sur leur trajectoire actuelle, et devient un cadre indispensable pour guider durablement l’action publique.

Cette trajectoire structure le 3e Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3), publié le 10 mars 2025. Avec 52 mesures et plus de 200 actions concrètes à court, moyen et long terme, ce plan vise à protéger les populations, renforcer la résilience des territoires et intégrer l’adaptation dans toutes les politiques publiques (gestion de l’eau, urbanisme, santé, agriculture, etc.).

Mais sur le terrain, l’intégration varie selon les niveaux d’action : certaines collectivités ont déjà commencé à repenser leurs plans d’aménagement pour tenir compte des projections climatiques, mais beaucoup manquent de ressources pour mettre en œuvre pleinement les mesures.

Au Marais Poitevin (Nouvelle‑Aquitaine), la restauration des zones humides aide à stocker l’eau et à adapter les paysages au changement climatique.

Un financement à l’échelle internationale

Au niveau mondial, la COP30, tenue à Belém en novembre 2025, a aussi servi de plate-forme pour réaffirmer et renforcer le financement de l’adaptation :

  • Des pays européens ont annoncé des engagements pour alimenter le Adaptation Fund, avec des promesses totalisant environ 135 millions de dollars pour soutenir les communautés vulnérables.
  • Plusieurs banques multilatérales de développement ont promis de mobiliser jusqu’à 185 milliards de dollars d’ici 2030 pour l’atténuation et l’adaptation dans les pays à faible et moyen revenu, une enveloppe majeure pour accélérer des actions concrètes de résilience.

La France, en amont de la COP30, a confirmé son rôle financier dans le soutien mondial à l’adaptation : en 2024, elle a mobilisé 7,2 milliards d’euros pour l’action climatique dans les pays en développement, dont 3 milliards spécifiquement dédiés à l’adaptation, un montant en hausse par rapport aux années précédentes.

Enjeux géopolitiques & défis

La COP30 a mis en lumière des tensions politiques persistantes sur l’adaptation. Les pays en développement ont rappelé qu’ils émettent moins de 1 % des gaz à effet de serre mondiaux, mais souffrent disproportionnellement des impacts et réclament des financements plus importants pour l’adaptation, une demande encore débattue au sein des négociations internationales.

Le continent européen est l’un des plus rapides à se réchauffer, avec des risques accrus pour l’énergie, l’eau, la nourriture et la santé. Malgré l’urgence des impacts en Europe, les stratégies nationales peinent parfois à traduire l’ambition en actions concrètes rapidement déployées.

L’adaptation en action dans le monde

L’adaptation ne se limite plus aux discours politiques : des projets concrets émergent partout dans le monde.

Dans l’Etat insulaire de Tuvalu dans le Pacifique, particulièrement exposé à la montée du niveau de la mer, a mené un programme d’adaptation côtière depuis 2017 en collaboration avec le Fonds vert pour le climat et le PNUD, renforçant les défenses naturelles et la résilience des communautés.

Dans le Pacifique, des politiques de restauration des mangroves sont menées pour protéger les communautés insulaires des inondations et tempêtes.

Au Malawi en Afrique australe, des projets de restauration de bassins versants et d’irrigation solaire financés à hauteur de dizaines de millions de dollars améliorent la sécurité alimentaire et la résilience de centaines de milliers de personnes face aux sécheresses.

En Suède, Danemark et Pays-Bas, des politiques de gestion des eaux pluviales, renaturation des zones humides et infrastructures vertes sont déjà intégrées dans les plans urbains pour faire face aux risques d’inondation en ville (plusieurs villes nord-européennes rapportent des programmes pilotes très avancés).

Des jugements récents montrent aussi l’évolution du droit climatique : aux Caraïbes, un tribunal des Pays-Bas a statué que le gouvernement avait discriminé l’adaptation climatique des habitants de Bonaire, ordonnant une réponse étatique plus ambitieuse, et envoyant un signal fort sur la justice climatique et les obligations d’adaptation.

Ainsi, l’adaptation au changement climatique est désormais une priorité mondiale, mais sa mise en œuvre reste inégale. Face à des impacts qui se font déjà sentir, l’adaptation n’est plus seulement une question technique : elle devient un projet collectif, politique et social. Préparer nos territoires, protéger les plus vulnérables et repenser nos modes de vie, c’est autant un défi qu’une opportunité de transformer nos sociétés pour qu’elles soient résilientes, durables et solidaires.

Pour en savoir plus l’adaptation au changement climatique en France, cliquez ici.

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La low-tech pour construire un monde désirable avec Corentin de Chatelperron

© MoHo

Dans le cadre des Rencontres Architectures et Territoires organisées par l’Ordre des Architectes de Normandie, MoHo a eu le plaisir d’accueillir le jeudi 13 novembre 2025 Corentin de Chatelperron, ingénieur, explorateur et fondateur du Low-Tech Lab, pour une soirée exceptionnelle autour des innovations simples, utiles et durables qui questionnent notre manière d’habiter la planète.

Durant cette soirée, Corentin a partagé son parcours d’explorateur et d’ingénieur, ses expéditions à bord du Nomade des Mers, ainsi que la genèse de la Biosphère Urbaine, un projet innovant qui combine technologies accessibles, vivant et résilience pour repenser notre manière d’habiter la planète. Retour sur une conférence captivante qui encourage à imaginer un futur plus sobre et désirable.

Cet événement s’est inscrit dans le cadre de l’Action Territoriale 2025 “Ménager un monde vivant”, coorganisée par Ordre des Architectes de Normandie, le MoHo, le Réseau Low-Tech Normandie, Le Dôme – Centre de sciences Caen Normandie et POPSU – Plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines, Ville de Caen, et le laboratoire CERREV (Université de Caen Normandie).

La low-tech : penser mieux avec moins

Derrière le concept de low-tech se cache une idée simple mais puissante : utiliser l’ingéniosité humaine pour répondre aux besoins essentiels avec des moyens accessibles, durables et adaptés à notre environnement. La low-tech n’est pas seulement une question de technique, mais aussi de démocratie et de lien social, invitant chacun à réapprendre à interagir avec son milieu et à repenser sa consommation.

© MoHo

L’ingéniosité des contraites : le parcours de Corentin de Chatelperron

Ingénieur diplômé de l’ICAM à Nantes, Corentin de Chatelperron a débuté sa carrière au Bangladesh sur des chantiers navals, où il découvre comment les contraintes créent de l’ingéniosité. Confronté aux impacts environnementaux des industries locales, il comprend qu’il est possible de faire mieux avec moins et que cette démarche n’est pas enseignée dans les écoles d’ingénieurs classiques.

Il définit la low-tech comme toute technologie ou savoir-faire qui répond à trois critères : utile, accessible et durable. Son objectif : trouver ces solutions dans le monde entier et les partager librement.

Le Low-Tech Lab et le voyage autour du monde

Pour concrétiser cette vision, Corentin crée le Low-Tech Lab, dont le premier projet a été la transformation d’un catamaran en laboratoire flottant. Pendant six ans, l’équipe parcourt le monde, rencontre des communautés, documente et teste des solutions low-tech, de l’aquaponie aux systèmes de compostage innovants, en passant par des synergies avec d’autres espèces vivantes.

Chaque expérimentation montre que s’associer au vivant permet souvent de remplacer des machines ou des processus complexes, et d’atteindre des modes de vie plus résilients.

De l’expédition à l’habitat-écosystème

Fasciné par les expériences de biosphères fermées, Corentin a voulu créer une version low-tech et accessible, capable de fonctionner dans des environnements hostiles. Avec l’ingénieure Caroline Pultz, ils ont testé un écosystème de 60 m² dans un désert, combinant plantes, champignons, insectes et systèmes low-tech pour gérer eau, énergie et déchets.

Cette expérience a montré qu’en comptant sur le vivant et sur des technologies simples, on peut concevoir un habitat sobre, autonome et désirable. Elle a aussi permis de mesurer l’importance de l’empathie inter-espèces et des cycles naturels pour repenser notre rapport au monde.

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La Biosphère Urbaine : expérimenter en ville

La Biosphère Urbaine est le fruit d’années d’expérimentations et de voyages autour du monde menés par Corentin de Chatelperron et son équipe.

Après avoir testé différentes innovations low-tech dans des contextes extrêmes, Corentin de Chatelperron et Caroline Pultz se sont installés pendant quatre mois dans un appartement de 26 m² à Boulogne-Billancourt, transformé en véritable habitat-écosystème.

L’objectif était de mettre en pratique toutes les solutions développées et documentées au cours des années : gestion minimale de l’énergie et de l’eau, recyclage des déchets, production alimentaire locale et durable, et association avec des espèces vivantes pour créer des synergies naturelles. Chaque détail, de la douche champignonnière à la cocotte vapeur des repas, a été pensé pour tester des modes de vie sobres, résilients et désirables.

La biosphère en chiffres :

  • Durée de l’expérience : 4 mois
  • Lieu d’expérimentation : appartement de 26m2 à Boulogne-Billancourt
  • Consommation d’eau divisée par 12
  • Seule source d’énergie : 4m2 de panneaux solaires
  • Consommation d’énergie divisée par 15
  • 10 min par jour d’entretien en moyenne
  • 1kg de pleurotes produites par semaine

Aujourd’hui, l’expérience se prolonge au MoHo, où l’exposition Biosphère Urbaine invite le public à découvrir ces systèmes et pratiques en immersion. Les visiteurs peuvent explorer chaque module de l’appartement-écosystème, comprendre le fonctionnement des innovations low-tech, et s’inspirer de ces solutions pour repenser leur quotidien et l’habitat urbain de demain.

© MoHo

L’exposition est au MoHo jusqu’au 5 janvier 2026 (entrée libre et gratuite).

Cette exposition s’inscrit dans le cadre de l’Action Territoriale 2025 “Ménager un monde vivant”, coorganisée par Ordre des Architectes de Normandie, le MoHo, le réseau Low-Tech Normandie, Le Dôme – Centre de sciences Caen Normandie et POPSU – Plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines, Ville de Caen, et le laboratoire CERREV (Université de Caen Normandie).

Sciences participatives et engagement citoyen

Cette expérimentation a permis de mesurer concrètement l’impact de ces innovations sur l’empreinte écologique, la santé, et le bien-être quotidien, tout en impliquant des experts et le grand public à travers des missions de sciences participatives, volet clé de la Biosphère Urbaine.

Les habitants et le grand public sont invités à tester des solutions low-tech, expérimenter des missions concrètes et partager leurs retours. En 2024, plus de 800 missions ont été réalisées par des participants volontaires, encadrés par des experts.

Cette approche montre que changer nos modes de vie collectivement est possible lorsque l’on combine innovation, éducation et engagement citoyen.

Changer les imaginaires : vers un futur désirable

Au-delà des techniques et des systèmes, Corentin insiste sur la nécessité de changer notre imaginaire du futur. Les villes de demain doivent être pensées comme des lieux sobres, durables et agréables à vivre, où le lien social et la coopération avec le vivant sont au cœur de la conception.

L’expérience montre qu’un futur désirable peut se construire aujourd’hui, à condition d’allier créativité, partage des savoirs et pratiques accessibles.

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Habiter léger et cultiver le vivre-ensemble

En France comme ailleurs, l’habitat est devenu un enjeu majeur de transition. Entre crise du logement, envolée des prix de l’immobilier et facture énergétique toujours plus lourde, nos maisons et appartements sont à la fois nos lieux de vie et des sources de contraintes économiques et écologiques.

L’énergie utilisée pour faire fonctionner nos bâtiments représente près de la moitié de la consommation totale d’énergie en France, dont les deux tiers pour le secteur résidentiel (ADEME, juin 2025). À l’échelle mondiale, les bâtiments contribuent à environ 40 % des émissions de CO₂ liées à l’énergie, construction comprise (Rapport sur la situation mondiale des bâtiments et de la construction en 2020, ONU, 2021).

Dans ce contexte, la sobriété ne se limite pas à moins chauffer les habitations : elle invite à repenser la manière dont nous habitons, partageons l’espace et organisons nos logements, pour concilier confort, liberté et impact environnemental réduit.

Habitats légers : repenser le logement face aux défis actuels

Les tiny houses, yourtes ou maisons containers connaissent un engouement croissant, notamment chez les jeunes générations confrontées à l’inaccessibilité du logement. La vente de tiny houses connait une hausse importante en France, en partie parce qu’elles répondent à une double contrainte en étant moins chères qu’une maison traditionnelle, et plus sobres. Généralement construites en bois, isolées selon les normes récentes (RE2020), elles consomment très peu d’énergie et limitent drastiquement l’empreinte carbone.

L’objectif des tiny houses est d’offrir un habitat compact et modulable, transportable sur une remorque pour plus de liberté et de flexibilité.

Des associations comme Hameaux Légers militent pour que les habitats légers soient reconnus dans les PLU (Plans Locaux d’Urbanisme), afin qu’elles puissent s’implanter légalement et collectivement.

L’habitat léger ne se résume pas à un objectif minimaliste. Derrière, il y a une philosophie d’autonomie : moins de mètres carrés donc moins d’objets, un habitat mobile ou démontable donc plus de liberté.

Le Hameau Léger du Placis en Bretagne repose sur des habitats réversibles, modulables et construits avec des matériaux à faible impact. Une autre particularité réside dans le fait que le terrain et le logement sont séparés, ce qui permet d’accéder à un logement à moindre coût sans avoir à acheter le terrain. Au-delà de la question économique, le hameau promeut une vision collective de l’habitat : mutualisation d’espaces et services, ancrage dans le territoire, et partage de valeurs. Habiter dans ce type de logement ne se résume pas à une réduction de la surface habitable, mais à une autre façon de vivre, plus légère, plus libre et plus responsable.

Construire sobrement : matériaux biosourcés et low-tech

Depuis quelques années, des architectes et collectifs ont exploré des façons de construire plus économes en énergie et en ressources, en privilégiant des matériaux locaux et biosourcés (bois, terre crue, paille, chanvre) et des solutions low-tech ou bioclimatiques, plutôt que des constructions énergivores en béton et verre. Des architectes comme Philippe Madec, Dominique Gauzin-Müller ou Alain Bornarel (avec le Mouvement pour une Frugalité heureuse et créative) ont contribué à formaliser ces approches et à sensibiliser la profession aux bénéfices d’une architecture plus simple, intégrée à son environnement et moins coûteuse en énergie.

Redéfinir le confort

Dans un reportage de Kaizen Magazine (avril 2025), des habitants de tiny houses, yourtes et habitats partagés racontent leur quotidien. Tous soulignent que moins d’espace et moins d’objets ne signifient pas moins de confort : au contraire, ils gagnent en liberté, en temps, en liens sociaux et en contact avec la nature. Le confort se mesure désormais à la qualité de vie et au sens que l’on donne à son habitat, plutôt qu’à la taille ou au luxe du logement. Les récits mettent en lumière un élément clé : la sobriété ne signifie pas une perte de confort, mais une redéfinition de celui-ci.

La yourte est un autre exemple d’habitat léger, d’origine nomade, alliant simplicité, modularité et proximité avec la nature. 

Habitat léger et sobriété : un projet pilote en Bretagne

En 2022, le Cerema a étudié un hameau léger expérimental à Commana, en Bretagne, composé de 7 habitats réversibles de 15 à 25 m² chacun. L’évaluation montre que ces petits logements émettent deux fois moins de CO₂ sur leur cycle de vie que des maisons classiques, tout en maintenant un niveau de confort thermique satisfaisant grâce à des solutions simples comme la ventilation naturelle, l’occultation ou l’ombrage. La consommation énergétique des prototypes reste faible, autour de 75 kWh/m²/an, soit moins de 350 € par an pour le chauffage. Cette expérience illustre concrètement comment des formes d’habitat compactes, modulables et écologiques peuvent contribuer à réduire l’empreinte carbone du logement tout en offrant un confort adapté aux besoins des habitants.

Habiter ensemble : coliving et mutualisation

La sobriété dans l’habitat passe aussi par la mutualisation. Pourquoi chaque foyer aurait-il besoin de son lave-linge, de sa tondeuse, de sa chambre d’ami utilisée deux fois par an ? Les expériences de coliving et de coopératives d’habitants proposent des solutions où l’on partage certains espaces (buanderie, ateliers, cuisines collectives) tout en gardant son intimité, ce qui permet de réduire très sensiblement les besoins en surface et en équipements par habitant.

Dans les résidences coliving, la surface privative par résident se situe fréquemment autour de 17 m² tandis que la part d’espace commun est souvent d’environ 50 % de la surface totale (Le marché du coliving en France, BNP Paribas Real Estate, 2020). Ce mode de logement permettrait donc d’envisager une diminution de l’empreinte liée aux équipements de l’ordre de ‑17 % à ‑24 % par habitant.

Au‑delà du gain d’espace, cette mise en commun permet aussi une gestion plus efficiente de l’énergie, des ressources et des biens (machines à laver, voitures partagées, etc.), transformant l’habitat individuel en un véritable écosystème collectif et sobre.

Mutualiser les espaces comme la buanderie permet d’optimiser l’habitat et les ressources. 

La sobriété urbaine : expérimenter l’appartement du futur

La sobriété de l’habitat ne concerne pas que les campagnes. À Boulogne-Billancourt, dans le cadre de la Biosphère Expérience, le navigateur et ingénieur Corentin de Chatelperron (fondateur du Low-tech Lab) a transformé un studio de 26 m² en “appartement du futur”. Entièrement équipé de solutions low-tech (toilettes vivantes, bioponie, panneaux solaires, élevage de grillons), il consomme 15 fois moins d’électricité qu’un appartement classique et seulement 10 litres d’eau par jour.

Ce projet montre que l’autonomie et la sobriété ne sont pas réservées à des cabanes isolées en montagne, mais peuvent s’expérimenter au cœur de la ville. Cet « appartement du futur » est aujourd’hui devenu une exposition itinérante, dont la première étape sera accueillie au MoHo du 4 novembre 2025 au 5 janvier 2026.

Vers un nouveau récit de l’habitat

La sobriété écologique appliquée au logement esquisse un avenir où :

  • on réduit la taille des logements, mais on gagne en liberté et en temps de vie,
  • on construit avec des matériaux locaux, mais on gagne en résilience et en santé,
  • on partage certains espaces, mais on gagne en convivialité et en solidarité.

Habiter sobrement, ce n’est pas se priver : c’est repenser le rapport au “chez soi”, qui n’est plus une forteresse individuelle, mais un lieu de liens, un point d’équilibre entre autonomie et mutualisation.

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Se nourrir autrement pour respecter les équilibres planétaires

Parmi toutes nos habitudes quotidiennes, manger est l’une des plus fondamentales. Or, l’alimentation est aussi l’un des secteurs les plus impactants pour la planète : agriculture intensive, transport, transformation, emballages, gaspillage… Le GIEC estime que l’alimentation représente près de 25 à 30 % de nos émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Face à cela, la sobriété alimentaire ne consiste pas à “manger moins” ou à se restreindre, mais à inventer une manière de se nourrir qui soit à la fois saine, durable, équitable et joyeuse.

Vers des régimes plus végétaux et locaux

Les rapports du GIEC (2022 et 2023) sont clairs : réduire la consommation de viande et de produits laitiers, et favoriser les régimes végétaux et locaux, est l’un des leviers les plus efficaces de réduction d’émissions. Non seulement parce que l’élevage est énergivore et émetteur de méthane, mais aussi parce qu’il mobilise des terres et de l’eau de façon disproportionnée.

Les légumes locaux et de saison sont au cœur d’une alimentation sobre et responsable.

En France, cette évolution est déjà en marche : la consommation de viande diminue progressivement depuis une décennie, surtout chez les jeunes. Mais au-delà de la statistique, c’est tout un récit qui change : passer d’une culture de la “protéine animale obligatoire” à une gastronomie plus diversifiée, où légumineuses, céréales complètes et produits de saison prennent place.

Des initiatives comme les cantines durables (exemple à Mouans-Sartoux, pionnière dans l’introduction de 100 % bio et local) ou les programmes de recherche sur l’agroécologie (Inrae, 2024) montrent que cette transition est possible à grande échelle.

L’impact collectif des circuits courts

La sobriété alimentaire n’est pas seulement une affaire de menus individuels. C’est aussi une réorganisation collective des circuits d’approvisionnement.

Les AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), les marchés de producteurs et les coopératives alimentaires permettent aux citoyens de se reconnecter directement avec les paysans. Cela réduit le transport, favorise la diversité des cultures, et redonne une valeur juste au travail agricole.

En 2024, la coopérative “La Cagette” à Montpellier a été citée comme modèle dans un rapport parlementaire sur la transition alimentaire : plus de 5 000 membres participent à une gestion démocratique et collective d’un supermarché coopératif, favorisant produits locaux, prix équitables et sobriété dans les achats.

Acheter au marché ou directement chez les producteurs permet de privilégier des produits de saison et locaux, réduisant le transport et l’emballage tout en soutenant directement les agriculteurs et artisans qui permettent de remplir nos assiettes.

Lutter contre le gaspillage : un levier de sobriété

Un tiers des aliments produits dans le monde est gaspillé. En France, cela représente environ 10 millions de tonnes par an (ADEME).

La sobriété alimentaire passe donc aussi par une lutte active contre le gaspillage :

  • À l’échelle citoyenne, via le compostage, la planification des repas, les applications comme Too Good To Go ou Phenix,
  • À l’échelle collective, avec des lois comme la loi Garot (2016) qui interdit aux grandes surfaces de jeter des invendus alimentaires.
  • Dans les cantines, grâce aux innovations d’organisations comme Restau’Co, qui sensibilisent enfants et personnels à réduire le gaspillage.

Cette sobriété permet de réduire les déchets, diminuer les émissions et favoriser la justice sociale grâce au don alimentaire.

Le compost est un moyen simple pour réduire le gaspillage alimentaire : il transforme nos déchets en nutriments pour la terre, enrichissant ainsi naturellement le sol.

Santé et sobriété : mieux manger pour mieux vivre

Adopter une alimentation plus sobre, centrée sur des produits végétaux, peu transformés et variés, est un levier puissant pour améliorer notre santé et notre bien-être au quotidien. Les aliments ultra-transformés, riches en additifs, sucres et graisses industrielles, sont non seulement nocifs pour l’organisme, mais ont également un impact négatif sur l’environnement.

Réduire leur consommation et privilégier des produits frais et locaux contribue à prévenir des maladies chroniques comme l’obésité et le diabète de type 2, tout en réduisant notre empreinte écologique. La sobriété alimentaire devient ainsi un enjeu collectif de santé publique, qui permet à la fois de mieux se nourrir, de vivre mieux et de participer à un système alimentaire plus durable.

Podcasts et récits : changer les imaginaires alimentaires

Le changement de pratiques passe aussi par les récits. Des podcasts récents comme Sur le grill d’Écotable donnent la parole à des chefs, chercheurs et militants qui réinventent une cuisine durable et savoureuse. Ils montrent que la sobriété alimentaire ne signifie pas austérité, mais créativité : réapprendre à cuisiner avec des produits bruts, explorer des saveurs oubliées, s’inspirer des cuisines du monde où l’ancrage végétal est souvent la norme.

De même, les travaux de la journaliste Camille Étienne, très suivie sur les réseaux sociaux, mettent en avant une jeunesse qui fait de l’alimentation durable un acte de résistance joyeuse et collective.

Un nouveau récit collectif

La sobriété alimentaire, c’est au fond une manière de dire :

  • Moins d’aliments transformés et importés, mais plus de produits locaux et frais.
  • Moins de dépendance à la viande, mais plus de diversité et de créativité culinaire.
  • Moins de gaspillage, mais plus de justice alimentaire et sociale.

Il s’agit de passer de l’idée de “sacrifice alimentaire” à celle d‘alimentation désirable et durable. Manger sobrement, ce n’est pas renoncer : c’est redonner toute sa valeur au fait de se nourrir, ensemble, dans le respect de la Terre.

Pour clore cette exploration de la sobriété alimentaire, nous vous proposer de vous inspirer de Pierre le Cultivateur, venu partager sa passion au MoHo le 18 septembre dernier. Son potager, pensé comme une école de patience, d’expérimentation et de liberté, nous rappelle que se reconnecter à la terre, cultiver nos légumes et expérimenter nos choix alimentaires peut devenir un acte concret de sobriété et de respect du vivant.

Pierre le Cultivateur nous fait découvrir quotidiennement sur ses réseaux sociaux le potager comme vecteur de sobriété et de bien-être.

Comme le souligne Pierre : “On ne naît pas avec la main verte, ça s’apprend.” Chacun peut, à son échelle, retrouver le goût et le lien avec la nature, tout en contribuant à un monde plus durable.

Pour découvrir son parcours, ses conseils pratiques et son approche inspirante, retrouvez notre article complet résumant la conférence avec Pierre : Pierre le Cultivateur : le potager comme école de patience et de liberté.

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Régis Koenig (Fnac Darty) : « La durabilité n’est plus une option, c’est un modèle économique d’avenir »

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A l’occasion des Journées Nationales de la Réparation (16 au 19 octobre) et dans le cadre du MoHo Impact Club, MoHo a eu le plaisir d’accueillir Régis Koenig, Directeur Réparation & Durabilité du groupe Fnac Darty. La conférence a rappelé le rôle central de la réparation comme levier de durabilité, au service de la planète, des consommateurs et de la performance économique des entreprises.

Une transformation nécessaire face à un monde en crise

« Dans un monde fini, on ne peut pas continuer à extraire, consommer et jeter. » – Régis Koenig

Régis Koenig rappelle que notre modèle linéaire (fabriquer, vendre, jeter) n’est plus soutenable. Et que même les grandes entreprises n’ont plus le luxe de l’ignorer : « Depuis 2015, notre secteur vit en crise permanente : climat, géopolitique, chaînes logistiques perturbées, inflation… Ces crises ne s’arrêteront pas. Elles nous obligent à nous transformer. »

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Fnac Darty, deuxième e-commerçant de France et groupe coté en bourse, a dû repenser sa raison d’être : comment continuer à créer de la valeur dans un monde instable, tout en réduisant son impact environnemental ? Fnac Darty a choisi de faire de la durabilité non seulement un devoir environnemental, mais un nouveau levier de création de valeur.

La réparation au cœur du modèle

Aujourd’hui, entre 2 000 et 3 000 collaborateurs travaillent exclusivement à la réparation au sein du groupe, un métier en forte croissance, dopé notamment par le succès de Darty Max, le service d’abonnement à la réparation illimitée.

L’entreprise a également déployé un réseau de centres de réparation à domicile partout en France, un levier clé pour rapprocher le service du consommateur.

Mais la bascule est avant tout culturelle. « Il y a quelques années, quand un lave-linge tombait en panne, on le remplaçait. Nous voulons que les gens se disent désormais que c’est plus intelligent de le réparer. »

Cette idée illustre une révolution dans le monde de la vente : celle d’un distributeur qui choisit de vendre moins de produits, mais mieux.

Un modèle économique durable, pas seulement écologique

Changer de modèle, c’est aussi repenser les équilibres financiers.

« Un distributeur gagne sa vie sur le volume, pas sur la durabilité. Il a donc fallu inventer un modèle économique compatible. »

Fnac Darty a parié sur une équation audacieuse : vendre moins, mais mieux. En diminuant les volumes et en augmentant en parallèle le prix moyen, le groupe maintient son chiffre d’affaires tout en réduisant ses coûts, et améliore sa rentabilité.

Le pari fonctionne : Fnac Darty affiche 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires et une réduction de 43 % de ses émissions de gaz à effet de serre.

Et surtout, le modèle de services (abonnement, entretien, réparation) offre une visibilité financière précieuse pour un groupe coté en bourse.

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Darty Max : rendre la réparation aussi simple qu’un achat neuf

Lancé en 2019, Darty Max permet de réparer, entretenir et dépanner ses appareils pour 11,99 € par mois, quel que soit l’âge ou la marque du produit. Aujourd’hui, Darty Max compte plus de 1,4 million d’abonnés en quelques années.

« Quand on lève les freins culturels et la peur du coût, les gens choisissent naturellement la réparation », explique Régis Koenig.

Les abonnés Darty Max reviennent 1,5 fois plus souvent en magasin et deviennent de véritables ambassadeurs du modèle durable.

Former et recruter : un défi industriel

Passer d’une activité de réparation marginale à un métier en croissance à deux chiffres ne s’improvise pas.

Fnac Darty a dû recruter massivement et créer ses propres écoles de formation : plus de 200 apprentis sont actuellement formés à la réparation.

« C’est un métier d’artisanat, qui s’apprend par la pratique et le tutorat. Il faut du temps pour devenir un vrai technicien. »

Le groupe a aussi investi dans la logistique des pièces détachées et les systèmes de connaissance internes, tout un écosystème structuré autour de la durabilité.

Le “Score de durabilité” : un outil de transparence et de progrès

Parce que la durabilité ne se décrète pas, Fnac Darty a créé un indicateur inédit : le Score de durabilité, fondé sur la fiabilité et la réparabilité des produits vendus.

Chaque année, le groupe publie un baromètre public qui classe les marques et les familles de produits (lave-linge, aspirateurs, téléphones…).

Ce score influence directement les décisions d’achat internes : les chefs produits privilégient désormais les marques les plus durables.

« C’est un levier puissant pour faire progresser toute l’industrie », souligne Koenig.

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Vers une consommation désirable et responsable

Au-delà des chiffres, Régis Koenig insiste sur une idée clé : « Réparer, ce n’est pas seulement prolonger la vie d’un appareil. C’est limiter l’extraction de ressources, créer de l’emploi local, et redonner du sens à l’acte d’achat. »

Pour lui, la durabilité ne doit pas être une contrainte morale, mais un choix désirable, incarné et rentable.

Et le pari semble en passe d’être gagné car d’autres distributeurs ont déjà suivi le mouvement.

Ainsi à travers cette rencontre, Régis Koenig a montré comment Fnac Darty se transforme, pas seulement en acteur de la distribution, mais en opérateur de services durables. Un modèle hybride, économique et écologique, qui redonne à la réparation la place qu’elle mérite.

Comme le résume Régis Koenig : « Si on veut que la durabilité soit durable, il faut qu’elle soit rentable. »

Pour en savoir plus ou rejoindre le MoHo Impact Club, contactez cesar@moho.co

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Sobriété et modes de vie : ralentir, partager et réinventer nos loisirs

La sobriété n’est pas seulement une affaire d’habitat, de mobilité ou de consommation matérielle. Elle touche aussi à notre rapport au temps, à nos loisirs, à la façon dont nous organisons nos journées et à nos relations.

Depuis plusieurs décennies, la société moderne nous pousse vers une accélération permanente : travailler plus vite, consommer plus vite, voyager plus loin, occuper chaque minute. Cette fuite en avant crée épuisement, stress, solitude et alimente une économie énergivore.

La sobriété appliquée aux modes de vie propose une autre voie : ralentir, se recentrer, partager, réinventer nos loisirs et nos usages du temps pour construire des vies à la fois plus riches et moins coûteuses écologiquement.

Le temps retrouvé : vers une décélération choisie

Le sociologue Hartmut Rosa (2019, Accélération) a montré combien nos sociétés modernes reposent sur une “tyrannie de l’accélération”. Le slow living, inspiré du mouvement slow food né en Italie dans les années 1980, propose de reprendre la main sur nos rythmes.

Concrètement, cela signifie :

  • privilégier des activités moins frénétiques (balade, lecture, jardinage),
  • redonner du sens au temps libre, en dehors de la logique consumériste,
  • organiser le travail de manière à réduire le temps contraint des trajets, de l’hyperconnexion.

Le débat sur la semaine de 4 jours illustre cette volonté de ralentir. Depuis quelques années, plusieurs entreprises françaises testent le modèle : moins d’heures de travail, mais plus de productivité et de bien-être. C’est le cas de l’entreprise Pimpant, qui repense l’organisation du travail pour favoriser le bien-être des salariés :

Sobriété des loisirs : vers des activités moins carbonées

Voyager loin, accumuler les loisirs payants, multiplier les sorties coûteuses… Ces pratiques, valorisées comme signes de réussite, sont aussi fortement émettrices de CO₂.

La sobriété des loisirs invite à réinventer nos plaisirs :

  • Le tourisme de proximité connaît un essor depuis la pandémie de Covid-19. En 2023, l’Ademe rappelait que remplacer un vol long-courrier par des vacances locales réduit l’empreinte carbone d’un ménage de près de 80 %.
  • Les festivals et événements culturels repensent leur modèle : alimentation locale, réduction des déchets, mobilité douce pour les spectateurs. Le festival éco-responsable We Love Green à Paris en est un exemple emblématique avec le tri et compostage des déchets, l’alimentation 100% végétarienne ou encore des actions de sensibilisation du public sur les enjeux de transition environnementale.
  • Des initiatives comme le “sport en commun” (partage de matériel, terrains, activités de plein air) valorisent des loisirs plus accessibles et moins coûteux.
Le vélo illustre comment nos loisirs peuvent rimer avec plaisir, mobilité douce et faible empreinte carbone.

La sobriété numérique : un enjeu de temps et d’énergie

Nos vies de loisirs sont désormais largement colonisées par les écrans. Or, le numérique n’est pas neutre : vidéos en streaming, réseaux sociaux, jeux en ligne… représentent une part croissante de la consommation énergétique.

La sobriété numérique ne consiste pas à “débrancher” totalement, mais à se réapproprier l’outil :

  • limiter le streaming vidéo en très haute définition,
  • privilégier le téléchargement ou les bibliothèques locales,
  • réduire le temps passé sur les réseaux sociaux, qui accroît l’anxiété et le sentiment de manque.

Des mouvements comme le “digital detox” se développent, notamment chez les jeunes générations. Ils ne rejettent pas le numérique, mais cherchent à en faire un usage plus conscient, plus choisi, moins envahissant.

Activités sobres : retrouver le lien au Vivant et au collectif

La sobriété collective ouvre aussi sur de nouveaux imaginaires de loisirs :

  • Le jardinage urbain (jardins partagés, balcons potagers) : non seulement une activité plaisante, mais aussi une source de nourriture et de convivialité.
  • Les ateliers collectifs (couture, bricolage, cuisine partagée) : apprendre ensemble, fabriquer plutôt qu’acheter, transmettre des savoirs.
  • La culture accessible : bibliothèques, concerts locaux, initiatives citoyennes de partage d’art et de culture.
La lecture permet de voyager… presque sans empreinte carbone.

Repenser nos loisirs permet d’essayer de nouvelles manières de construire du sens et de la joie, tout en réduisant nos besoins matériels.

Ecrire collectivement des nouveaux récits

Le podcast “Vlan !” animé par Grégory Pouy a consacré plusieurs épisodes récents à la question du rapport au temps et de la sobriété des modes de vie, donnant la parole à des sociologues et des entrepreneurs qui expérimentent de nouveaux rythmes. Découvrez ses podcasts ici : https://www.vlanpodcast.fr/

La sobriété écologique appliquée aux modes de vie esquisse un futur où :

  • on travaille moins, mais on vit plus,
  • on se divertit autrement, avec moins de déplacements lointains et plus de liens de proximité ;
  • on utilise les technologies avec discernement, sans en être esclave,
  • on redécouvre la joie de faire ensemble, de créer, de partager.

Appliquée au temps et aux loisirs, la sobriété ouvre un nouvel horizon : elle permet de reprendre la maîtrise de nos rythmes, de privilégier la convivialité, et de redécouvrir le plaisir simple de créer et partager en dehors des logiques de surconsommation.

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Pierre le Cultivateur : le potager comme école de patience et de liberté

Pierre le Cultivateur, jardinier passionné aux millions de vue sur les réseaux sociaux, est venu au MoHo le 18 septembre pour partager son parcours et ses expériences dans son potager.

De l’écran à la terre

Originaire de Lille et informaticien de formation, Pierre découvre le jardinage à l’annonce de la grossesse de sa femme il y a 12 ans : « J’ai eu envie de nourrir mon enfant avec de vrais légumes, des aliments qui ont du goût. » Son premier potager, un carré de 200 m² dans son jardin lillois, devient rapidement un terrain d’expérimentation, puis une véritable école de patience, d’humilité et de créativité.

Un parcours guidé par l’envie de partager

Pierre se forme en autodidacte, entre vidéos YouTube et lectures sur la permaculture. Son jardin devient rapidement atypique : un potager en mandala, pensé comme un lieu de bien-être autant que de culture. Il expérimente, se trompe, recommence. « On ne nait pas avec la main verte, ça s’apprend. ».

Le confinement accélère son aventure : sur TikTok, il partage ses gestes précis et ses récoltes dans des formats courts et pédagogiques. Le succès est fulgurant. Sa vidéo sur la germination d’une pomme de terre atteint 3 millions de vues et lui vaut 100 000 nouveaux abonnés en quelques jours. Aujourd’hui suivi par des centaines de milliers de passionnés, il continue de montrer ses réussites comme ses échecs, dans une démarche simple et authentique.

Transmettre aux jeunes

S’il reconnaît être désormais identifié et suivi, Pierre garde une distance avec l’étiquette d’« influenceur ». Son objectif n’est pas de faire le buzz mais de transmettre. « Je reste Pierre, quelqu’un de simple. Je veux juste que les jeunes osent essayer, qu’ils se lancent. »

Une philosophie du potager

Son jardin, aujourd’hui de 4 000 m² en Normandie à côté de Bayeux, est une véritable forêt comestible. Plus qu’un lieu de culture, c’est un espace de jeu pour ses enfants, un laboratoire d’expérimentation, et une source d’autonomie alimentaire (il estime que sa famille est autonome en légumes de mars à novembre). Il privilégie les variétés anciennes, bio, et refuse les hybrides pour pouvoir récolter ses propres semences. Le tout dans une logique de respect du Vivant et de plaisir : « Le potager doit être accessible et à mon image. »

Conseils pratiques pour se lancer

Pierre montre que le potager est accessible à tous, et donne quelques recommandations :

  • Commencer petit : mieux vaut un carré productif qu’un grand jardin décourageant.
  • Choisir l’endroit idéal : une bonne exposition, proche d’un point d’eau, et surtout un lieu où l’on se sent bien.
  • Accepter les erreurs : la météo, les nuisibles, ou simplement un mauvais choix font partie de l’apprentissage. « Je me trompe encore tous les jours ! »
  • Prendre des notes : noter ce qui marche et ce qui marche moins permet de progresser d’année en année.
  • Tester et s’amuser : sur balcon comme au jardin, tomates, poivrons, patates douces ou aromatiques s’adaptent très bien en pots.

Un message simple et inspirant

Derrière la popularité et le nombre considérable de vues et d’abonnés sur les réseaux sociaux, Pierre le Cultivateur reste fidèle à l’esprit qui l’anime depuis le début : prendre soin de sa famille, expérimenter avec passion, et rappeler que chacun peut, à son échelle, retrouver le goût et le lien avec la nature.

La conférence s’est terminée avec un cocktail convivial, l’occasion d’échanger directement avec Pierre le Cultivateur et de réseauter entre membres du MoHo Impact Club, partenaires et résidents MoHo.

Envie de rejoindre un réseau mixte d’organisations pour se former, se mettre en réseau et agir pour la transition écologique, économique et sociétale ? Pour en savoir plus sur le MoHo Impact Club, contactez cesar@moho.co

Envie d’en savoir plus sur la résidence au MoHo ? Contactez fabiola@moho.co

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Sobriété et modes de vie : se déplacer autrement

Du 16 au 22 septembre 2025 a lieu la semaine européenne de la mobilité durable. Chaque année, cet événement invite citoyens et collectivités à tester des modes de transport plus durables (marche, vélo, transports en commun, covoiturage) et à repenser leurs habitudes quotidiennes. Au-delà d’un rendez-vous symbolique, il s’agit d’encourager une mobilité sobre qui gagne à s’inscrire toute l’année dans notre quotidien pour réduire nos émissions, améliorer la qualité de vie et réinventer nos façons de nous déplacer.

En France, le transport représente environ 30 % des émissions de gaz à effet de serre (Ministère de la Transition écologique, 2024), repenser nos déplacements est donc un levier essentiel de sobriété écologique.

Se déplacer moins, mais mieux

Nos déplacements structurent nos vies quotidiennes. Ils déterminent où nous travaillons, où nous habitons, nos loisirs, nos relations sociales. Mais la mobilité telle qu’elle s’est développée pendant les dernières décennies, centrée sur la voiture individuelle et l’avion, est l’un des principaux moteurs de la crise climatique en raison des émissions de gaz à effet de serre.

Le transport aérien représente 2,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre mais ses effets hors CO₂ doublent son impact réel : il contribue à environ 5 % du réchauffement climatique (Bon Pote, juillet 2025).

Face à cette réalité, la sobriété dans la mobilité ne veut pas dire arrêter de bouger. Elle consiste à se déplacer autrement : moins souvent, moins loin, moins vite… mais de manière plus efficiente, plus responsable et plus partagée.

La mobilité active : redonner place à la proximité et à la santé

Dans les villes, la marche et le vélo reprennent une place centrale. Un rapport de l’Ademe (2023) estime que 60 % des trajets urbains en voiture pourraient être remplacés par des trajets à vélo ou à pied. En 2023, le gouvernement français a notamment annoncé un Plan vélo et marche doté de 2 milliards d’euros, visant à tripler les déplacements à vélo d’ici 2030.

Le vélo-cargo est en plein essor, surtout dans les villes : les familles transportent enfants et courses, les professionnels transportent du matériel, les commerces livrent les clients.

D’après CycloLogistics Europe et l’Union Sport & Cycle, près de 33 000 vélos cargos toutes catégories confondues ont été vendus en France en 2024, contre seulement 14 000 en 2021, illustrant une croissance spectaculaire du marché.

Cette mobilité active n’est pas qu’écologique : elle est aussi source de santé publique. L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) rappelle qu’une activité physique quotidienne réduit drastiquement les risques de maladies chroniques.

Transports collectifs : la sobriété par la mutualisation

Train, tramway, bus… autant de solutions collectives qui permettent de réduire l’empreinte carbone de nos déplacements. En France, la relance du ferroviaire est une tendance forte depuis 2021, avec le retour des trains de nuit (comme Paris-Nice, Paris-Berlin ou encore Paris-Vienne). L’Union européenne soutient cette dynamique avec l’initiative RTE-T (Réseau Transeuropéen de Transport) pour recréer un réseau ferroviaire européen interconnecté.

En 2024, la fréquentation des trains de voyageurs en France a progressé de 6 %, portée surtout par les TER et Intercités (+11 %) et une hausse (plus modérée) des TGV (+4 %).

À l’échelle locale, les bus à haut niveau de service (comme à Metz, Nantes, Rouen) montrent qu’il est possible de repenser la mobilité urbaine autour de lignes performantes, fréquentes, moins polluantes (hybrides, électriques ou hydrogène).

Le transport collectif est un exemple parfait de sobriété collective avec moins d’espace consommé, moins de bruit, moins de stress et plus de convivialité.

La voiture autrement : partage et usage raisonné

À elle seule, la voiture individuelle génère plus de 15 % des émissions de gaz à effet de serre en France (Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, 2022).

La voiture individuelle reste indispensable dans certains territoires ruraux et périurbains. Mais là aussi, il existe des leviers pour changer ses usages et réduire son empreinte carbone lié à l’utilisation de la voiture :

  • Covoiturage : Il existe un fort levier de réduction des émissions de gaz à effet de serre des transports sur les trajets domicile-travail. Les trajets professionnels en voiture se font très majoritairement avec un seul conducteur sur de courtes distances (88 %). L’autosolisme reste également courant pour d’autres déplacements locaux non récréatifs, comme les courses (41 %) ou les démarches administratives et médicales (50 %) (SDES-Insee, Enquête mobilité des personnes 2018-2019).
Le covoiturage se fait pour 96% de manière informelle avec des proches (famille, collègues, amis) et pour 4% via des plateformes de covoiturage (Observatoire national du covoiturage, 2025).
  • Autopartage : Le parc de véhicules partagés croît chaque année en France : au 1er janvier 2025, 13 862 voitures en autopartage étaient disponibles sur le territoire, soit une hausse de 3,7 % par rapport à 2024 (Baromètre national de l’autopartage, 2025).
  • Électrification raisonnée : si la voiture électrique se développe, il est essentiel de rappeler qu’elle n’est pas une “solution miracle” : extractions minières, empreinte carbone de fabrication, dépendance aux infrastructures.

Le défi de repenser nos modes de déplacement est aussi social afin de rendre cette transition accessible aux ménages modestes. Les zones à faibles émissions (ZFE), mises en place dans les grandes métropoles, posent la question de l’accompagnement des habitants qui n’ont pas les moyens de changer de véhicule. Une sobriété écologique et responsable ne doit pas être punitive, mais inclusive.

Réduire les distances

Parmi tous les moyens de transport, l’avion se distingue par son impact environnemental extrêmement élevé, avec des émissions de CO₂ par passager bien supérieures à celles du train, du bus ou de la voiture partagée. Le trafic aérien mondial a déjà retrouvé et dépassé en 2024 son niveau d’avant la pandémie de Covid-19. Dans le même temps, le débat public s’intensifie autour de la limitation des vols courts lorsqu’une alternative en train existe. Le problème réside souvent dans le coût du transport pour les passagers, souvent bien moins élevé pour l’avion que pour le train. En France, la loi Climat et résilience (2021) a interdit certains vols domestiques, remplacés par des liaisons ferroviaires.

Mais la sobriété, c’est aussi se déplacer moins. Le télétravail, expérimenté massivement depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19 en 2020, en est un exemple : des millions de trajets domicile-travail ont été supprimés. Cependant, les bénéfices écologiques de cette pratique sont partiellement compensés par des effets rebonds : consommation d’électricité et de chauffage à la maison, trajets annexes au trajets domicile-travail quand même effectués (enfants, courses…).

En France en 2024, 22% des salariés du secteur privé pratiquent le télétravail au moins une fois par mois, contre 4% avant la crise sanitaire du Covid-19.

La question de la réduction des distances va plus loin : dans un monde sobre, il s’agit aussi de rapprocher les lieux de vie, de travail, de loisirs, afin de limiter les besoins de transport à la source. C’est la logique de la “ville du quart d’heure” défendue par l’urbaniste Carlos Moreno : une ville où tout est accessible à 15 minutes à pied ou à vélo.

Changer les imaginaires autour de la mobilité

Pour que la sobriété devienne désirable, il faut aussi transformer l’imaginaire collectif. Pendant un siècle, la publicité automobile a imposé l’idée que la voiture individuelle était synonyme de liberté. Aujourd’hui, il est essentiel d’explorer de nouveaux récits : liberté de se déplacer ensemble, de redécouvrir la proximité, de réinvestir le temps du trajet comme un espace social.

La géographe Cynthia Ghorra-Gobin souligne dans ses travaux que la mobilité n’est pas seulement une question d’infrastructures, mais aussi de justice spatiale : qui a accès à quels modes de transport, à quels coûts, et pour quelles libertés réelles (Le « triomphe » de la ville ou de la métropole ?, 2015).

MoHo agit concrètement sur la mobilité domicile-travail

MoHo a initié et coordonné la Coalition Mobilité Durable, qui a conduit à la création de Move2Work : une plateforme numérique gratuite destinée aux employeurs souhaitant réduire l’impact carbone des trajets domicile-travail de leurs salariés et améliorer leur qualité de vie et conditions de travail. Move2Work offre une méthodologie complète intégrant à la fois l’organisation du travail, l’accompagnement au changement, une bibliothèque de solutions et une base de bonnes pratiques. Fruit d’une recherche-action de 18 mois qui a fédéré entreprises, acteurs publics, chercheurs, étudiants et associations, cet outil permet de recenser plus de 100 solutions clés en main, de communiquer efficacement sur les changements d’habitudes, et de lancer des projets concrets dans les organisations.

Une démarche concrète de MoHo pour faire de la sobriété écologique dans les déplacements une dimension stratégique de l’entreprise.

Un avenir désirable

La mobilité sobre dessine un quotidien où :

  • on marche ou pédale pour les trajets courts, et on y gagne en santé et en convivialité,
  • on privilégie les transports collectifs, et on y gagne en efficacité et en équité,
  • on utilise la voiture quand c’est nécessaire, mais en partageant notre trajet dès que possible,
  • on abandonne les voyages en avion, et on découvre les richesses de territoires plus proches.

La sobriété appliquée aux déplacements ne veut pas dire “se priver de voyager”, mais réapprendre à se déplacer pour vivre mieux, respecter la planète, se libérer des dépendances à la voiture individuelle et du désir d’aller toujours plus vite, plus loin, au détriment de la planète.

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Sobriété et modes de vie : comment repenser notre quotidien ?

Face à l’urgence climatique et à l’épuisement des ressources, la sobriété écologique s’impose de plus en plus comme une voie incontournable pour préserver nos ressources et limiter le dérèglement climatique. Loin de se réduire à un appel à la restriction, elle ouvre une réflexion profonde sur nos modes de vie : comment nous déplaçons-nous, comment habitons-nous, comment consommons-nous ? La sobriété n’est pas synonyme de renoncement, mais d’inventivité et de choix éclairés. Elle invite à distinguer l’essentiel du superflu, à réduire le gaspillage et la surconsommation, pour construire un quotidien plus soutenable, mais aussi plus riche de sens et de liens.

Cet article propose une réflexion globale sur la sobriété écologique dans nos vies quotidiennes, et sera suivi par une série d’articles qui creuseront les différents leviers de transformations : déplacement, habitat, consommation, loisirs…

Repenser notre manière d’habiter

Le bâtiment représente près de 40 % de la consommation d’énergie mondiale, ce qui rend la question du logement centrale dans la quête de sobriété. La sobriété dans l’habitat ne se limite pas à moins chauffer : elle consiste à réinventer notre façon d’habiter. Vivre avec moins de surface et de matériaux peut rimer avec plus de liberté et de confort. Il s’agit de questionner l’espace dont nous avons réellement besoin, la taille des logements, la pertinence des maisons individuelles et l’usage des espaces communs, pour réduire notre consommation tout en rendant nos logements plus agréables à vivre.

Dans ce contexte, on voit se développer ou se réinventer des habitats légers comme les tiny houses, les yourtes, les habitats modulaires… et des initiatives bioclimatiques et low-tech comme le Low-Tech Lab. Les nouvelles formes de coliving, qui partagent cuisines, buanderies ou espaces de travail, illustrent également une sobriété fondée sur la mise en commun plutôt que le retrait.

La yourte est un habitat léger et démontable associant simplicité de construction et confort thermique.

Consommer moins, consommer mieux

Réduire notre consommation ne signifie pas se priver, mais repenser nos besoins pour vivre mieux avec moins et donner plus de sens à nos choix quotidiens.

  • Alimentation : selon les scénarios d’atténuation du changement climatique du sixième rapport du GIEC, un régime moins carné et plus végétal est l’un des leviers les plus puissants pour réduire nos émissions. La tendance du local et de saison prend de l’ampleur : marchés de producteurs, AMAP, coopératives alimentaires. Cette sobriété alimentaire répond également à des enjeux de santé publique : une étude parue dans The Lancet Healthy Longevity (2025) montre qu’un régime végétal varié, peu transformé, réduit significativement le risque de maladies chroniques.
Privilégier une alimentation locale et de saison, c’est consommer moins de ressources pour produire, transporter et conserver les aliments.
  • Vêtements : La mode, et en particulier la fast fashion, est aujourd’hui l’une des industries les plus polluantes au monde, en raison de sa production massive, de l’usage intensif de ressources et de l’énorme quantité de déchets générés chaque année. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement souligne que l’industrie de la mode est le deuxième plus grand consommateur d’eau au monde, responsable de 10 % des émissions mondiales de CO₂, soit plus que tous les vols internationaux et le transport maritime réunis. Acheter moins, mieux et différemment, réparer, prolonger la durée de vie de ses vêtements, privilégier des marques responsables permet d’éviter une surconsommation de vêtements qui entretient le modèle de fast-fashion.

  • Objets et électroménager : des plateformes comme Back Market pour le reconditionné, ou des associations comme Repair Café permettent de prolonger la durée de vie des objets. La sobriété, c’est ici un retour à la logique du soin plutôt qu’à celle du jetable. Les journées nationales de la réparation ont maintenant lieu en France chaque année depuis 3 ans, et visent à promouvoir la réparation et la durabilité pour réduire la surconsommation et les déchets.

Se déplacer autrement : mobilité sobre et désirable

Selon les données du CITEPA, en 2023, les transports représentaient 34 % des émissions de gaz à effet de serre en France, faisant d’eux le premier secteur émetteur. Repenser nos déplacements est indispensable pour réduire notre impact environnemental, et plusieurs leviers permettent de rendre la mobilité plus sobre et durable :

  • Mobilités actives : les modes de déplacement dits “actifs”, comme la marche, le vélo ou encore le vélo à assistance électrique (VAE), sont moins polluants, plus économiques et bénéfiques pour la santé. On observe l’émergence de nombreuses solutions et infrastructures pour encourager les mobilités actives, comme les pistes cyclables sécurisées, les services de vélos électriques et vélos-cargos en libre-service, ou encore les parkings à vélo sécurisés dans les villes.
Le vélo cargo offre une alternative sobre à la voiture permettant de transporter des charges lourdes ou des enfants.
  • Transports collectifs : l’utilisation de transports en commun permet de réduire l’empreinte carbone par voyageur : bus, tramway, trains… Certains territoires investissent beaucoup dans le développement des offres de transports en commun (gratuité des transports collectifs, extension des réseaux de tramway, etc.). Malgré le développement des transports en commun, certains territoires restent à l’écart, notamment les zones rurales et périurbaines peu denses. Cela limite les possibilités de déplacements doux et maintient une forte dépendance à la voiture individuelle.
  • Autopartage et covoiturage : Selon le baromètre de l’autosolisme de Vinci Autoroute de septembre 2024, 84,6% des actifs qui utilisent la voiture pour se rendre au travail effectuent leur trajet domicile-travail seul. L’autopartage et le covoiturage offrent la liberté de se déplacer sans posséder de voiture individuelle, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et l’encombrement des routes. Le gouvernement français a lancé le plan national de covoiturage en 2022 avec l’objectif d’atteindre 3 millions de trajets par jour effectués en covoiturage à l’horizon 2027.

En parallèle du développement d’infrastructures de transports doux, la sobriété dans les transports invite surtout à réorganiser nos territoires pour rapprocher les lieux de vie, de travail et de loisirs.

Sortir d’un modèle consumériste

La sobriété ne touche pas seulement ce que l’on consomme, mais aussi la manière dont on occupe notre temps.

Qui ne rêve pas d’avoir un rapport au temps apaisé ? Pourtant, nous sommes souvent pris dans des routines effrénées : trajets, notifications, courses, rendez-vous… On enchaîne les tâches comme des machines, alimentant un modèle de surconsommation énergivore en ressources : transports individuels pour de courtes distances, emballages jetables, consommation d’énergie, achats impulsifs, loisirs standardisés. À force d’accélérer, notre quotidien se transforme en enchainement mécanique, une frénésie permanente qui nous éloigne de l’essentiel.

La sobriété, c’est apprendre à ralentir, à faire moins, à privilégier des activités simples qui nous reconnectent à l’essentiel, à soi et au Vivant. Elle permet de retrouver un rapport apaisé au temps, à la consommation, aux relations humaines et ouvre ainsi la voie à un monde plus désirable.

Repenser son quotidien pour ralentir ralentir, partager avec les autres et se rapprocher de la nature, tout en vivant de manière plus sobre et consciente.

Habiter plus léger, consommer de façon responsable, optimiser ses déplacements, retrouver un rapport plus riche au temps…

Repenser notre quotidien, c’est apprendre à faire autrement en cherchant l’équilibre entre nos besoins, le respect du vivant, de la planète et de nous-mêmes.

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