Quelle trajectoire pour la France face au changement climatique ?

Face à l’intensification du changement climatique, la France a entamé depuis plusieurs années une transformation de sa politique environnementale, passant de la seule réduction des émissions de gaz à effet de serre à une intégration systématique de l’adaptation au climat futur, c’est-à-dire la capacité à anticiper et à réduire les impacts d’un climat déjà en transformation et qui continuera de changer au XXIᵉ siècle.

Une trajectoire scientifique partagée : la TRACC

Pour que tous les acteurs de la société (collectivités, administrations, entreprises, citoyens…) puissent s’accorder sur le « climat futur » à prendre en compte, la France s’est dotée d’une Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l’Adaptation au Changement Climatique (TRACC). Elle répond à une question fondamentale : à quel climat devons-nous nous préparer ?

La transformation du climat redessine les conditions de vie, de production et d’habitat.

La TRACC repose sur les projections du GIEC international et constitue une hypothèse de travail partagée :

  • environ +2 °C déjà en 2030,
  • +2,7 °C en 2050,
  • et jusqu’à +4 °C d’ici 2100 en moyenne sur le territoire métropolitain, par rapport à l’ère pré-industrielle.

Ce scénario n’est pas un pronostic figé : il reflète les projections les plus plausibles à partir des politiques climatiques actuelles et des engagements nationaux et internationaux. Cette trajectoire devient désormais le référentiel national sur lequel sont fondées les stratégies d’adaptation, évitant ainsi une mosaïque d’hypothèses locales divergentes et donnant aux pouvoirs publics un cadre

Le 3ᵉ Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3)

Publié en mars 2025, le troisième Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC-3) donne corps à cette trajectoire en proposant un ensemble de mesures concrètes d’ici 2030 pour préparer le pays à ces niveaux de réchauffement annoncés.

Ce plan repose sur plusieurs axes stratégiques complémentaires :

  • protéger la population face aux aléas climatiques (canicules, inondations, vagues de chaleur, etc.),
  • renforcer la résilience des territoires, des infrastructures et des services essentiels,
  • adapter les activités humaines, notamment l’agriculture, l’énergie, l’économie,
  • préserver le patrimoine naturel et culturel,
  • mobiliser la société (citoyens, entreprises, collectivités…) pour réussir cette transition.

Ce plan s’appuie sur des diagnostics scientifiques robustes et une large consultation (collectivités, associations, experts), renforçant l’idée que l’adaptation doit être à la fois scientifiquement guidée, socialement acceptée et opérationnellement planifiée.

La France à l’horizon 2100 : penser le territoire dans un climat en mutation

Le changement climatique modifie la carte agricole et certaines cultures traditionnellement méridionales remontent progressivement vers le nord de la France.

Le scénario retenu (jusqu’à +4 °C en 2100) change profondément notre manière de penser l’aménagement, l’économie, l’agriculture et la protection des populations. Par exemple :

  • des canicules plus fréquentes et intenses et des « nuits tropicales » banalisées,
  • une augmentation des sécheresses prolongées et des feux de forêt,
  • des pluies extrêmes et des inondations localisées plus violentes,
  • et une pression accrue sur l’eau, l’agriculture, la santé et la biodiversité.

Ces perspectives ne sont pas fatalistes : elles sont le point de départ d’actions d’adaptation, bien plus efficaces lorsqu’elles sont anticipées que lorsqu’elles sont subies.

Du national au local : territorialiser l’adaptation

L’un des enjeux majeurs du PNACC et de la TRACC est de permettre aux territoires d’intégrer ces données scientifiques dans leurs politiques locales. Cela se traduit par des outils de planification (PCAET, CRTE), des ressources d’aide à l’adaptation, des retours d’expérience et des outils d’aide à la décision mis à disposition sur adaptation-changement-climatique.gouv.fr.

Les territoires disposent ainsi d’un cadre partagé, la TRACC, pour anticiper le climat futur tout en adaptant leurs politiques d’urbanisme, d’eau, d’agriculture ou de santé.

Zoom : quelle trajectoire pour la Normandie ?

La région Normandie s’est elle aussi engagée dans cette dynamique d’anticipation scientifique et d’adaptation territoriale, notamment à travers le GIEC normand. Ce groupe d’experts réunissant chercheurs, spécialistes et scientifiques normands vise à adapter les connaissances climatiques et leurs impacts aux réalités du territoire régional.

Les territoires côtiers font partie des zones les plus vulnérables face aux évolutions climatiques, en raison de l’érosion du littoral, de la montée du niveau de la mer et de l’intensification des tempêtes.

Les travaux du GIEC normand couvrent des thématiques clés comme :

  • l’eau (qualité, disponibilité, risques naturels),
  • la biodiversité marine et terrestre,
  • les sols, l’agronomie et l’agriculture,
  • la qualité de l’air,
  • les systèmes côtiers,
  • la santé publique,
  • et les risques liés aux aléas météorologiques.

Ces synthèses ont permis à la Région de définir un Plan d’actions climat fondé sur les constats scientifiques du GIEC normand, visant à renforcer la résilience collective et à accompagner l’adaptation locale sur l’ensemble du territoire normand.

Des initiatives comme l’Appel à Manifestation d’Intérêt « Territoires et climat » ou des dispositifs d’accompagnement des collectivités illustrent cette volonté d’imbriquer l’échelle locale dans la trajectoire nationale d’adaptation.

La science se met également au service de l’adaptation au changement climatique, notamment avec le Human Adaptation Institute fondé par Christian Clot. Découvrez notre article à ce sujet ici.

Ainsi, la politique d’adaptation au changement climatique en France s’appuie désormais sur une trajectoire partagée pour tous les territoires, un plan national d’adaptation structuré et des groupes d’experts régionaux comme le GIEC normand pour traduire les enjeux globaux à l’échelle locale.

Pour en savoir plus sur l’adaptation climatique au niveau mondial, cliquez ici.

Retour à la liste des articles