Eclaireurs : transformer les métiers face aux défis écologiques
Jeudi 12 mars au MoHo, les membres du MoHo Impact Club ont eu la chance d’assister à la projection du documentaire Éclaireurs, suivie d’un échange avec sa co-réalisatrice Hélène Cloître.
Ce film, coréalisé avec Arthur Gosset, met en lumière des femmes et des hommes qui transforment leur métier pour répondre aux défis environnementaux et sociaux.
Pendant près d’une heure, les participants ont découvert des parcours inspirants, avant de prolonger la réflexion lors d’un échange avec la réalisatrice autour d’une question centrale : comment transformer concrètement les métiers face à la transition écologique ?
Le documentaire suit plusieurs personnes en France qui, chacune à leur échelle, expérimentent de nouvelles façons de travailler pour concilier activité économique et respect du vivant.
Parmi eux, Jules, doctorant dans le secteur du bâtiment, travaille sur de nouveaux types de béton plus durables. Son objectif : anticiper la raréfaction du sable, ressource essentielle à la fabrication du béton, et imaginer les matériaux de construction de demain.
Le film donne aussi la parole à :
Sophie Robert Velu, Directrice des laboratoires Expanscience, qui repense son modèle économique pour réduire l’impact environnemental de son activité.
Mahault, qui explore l’économie de la fonctionnalité : plutôt que d’acheter des outils rarement utilisés, privilégier un modèle de location.
Soizic, gendarme, qui a développé une application permettant aux gendarmes partout en France de recenser les infractions environnementales.
Jules, doctorant dans le bâtiment, travaille à développer de nouveaux bétons afin d’anticiper les futures pénuries de ressources, un enjeu majeur pour le secteur de la construction.
Ces initiatives illustrent une idée forte : la transition écologique ne repose pas uniquement sur de grandes décisions politiques ou technologiques, mais aussi sur l’évolution des métiers eux-mêmes.
La transition écologique concerne tous les métiers
Lors de l’échange avec les participants, Hélène Cloître a expliqué l’intention du film : « On voulait montrer que ce n’est pas une histoire de privilégiés. La transition concerne tout le monde et chacun peut agir à son échelle dans son entreprise. »
Après leur précédent documentaire, Ruptures, qui suivait des étudiants de grandes écoles choisissant de bifurquer vers des métiers plus alignés avec leurs convictions écologiques, les réalisateurs ont constaté un effet inattendu : le risque de créer une fracture sociale autour de ces sujets.
Avec Éclaireurs, l’objectif était donc différent : « On voulait réconcilier les catégories socioprofessionnelles autour de ces enjeux. La transition écologique n’est pas seulement une question de convictions : c’est aussi une question de pérennité des emplois. »
Autrement dit : comment adapter son métier aujourd’hui pour qu’il existe encore dans dix ans ?
Comment embarquer davantage d’acteurs dans la transition ?
Lors de la discussion, un participant a posé une question clé : comment convaincre et embarquer davantage de personnes dans ces transformations ?
Selon la réalisatrice, le contexte actuel rend la question particulièrement délicate : « On observe aujourd’hui une forme de backlash écologique. Parler uniquement de transition écologique n’est pas toujours la stratégie la plus efficace pour embarquer. »
Elle souligne que certains mots peuvent parfois créer des résistances. À l’inverse, d’autres notions parlent davantage aux acteurs économiques : le territoire, le paysage, la santé au travail, les conditions de travail ou encore la pérennité de l’emploi.
Ces sujets constituent souvent des portes d’entrée plus concrètes pour aborder les transformations nécessaires : « Tous ces sujets sont liés. Ils peuvent devenir un cheval de Troie pour parler de transition écologique de manière plus rassembleuse. »
Rendre la transition écologique plus concrète dans les entreprises
Un autre obstacle majeur tient selon elle à la manière dont ces enjeux sont présentés.
Aujourd’hui, le débat public repose souvent sur des notions abstraites : carbone, ppm, biodiversité… des concepts parfois difficiles à relier au quotidien professionnel. Pour fédérer davantage, il est essentiel de traduire ces enjeux dans les réalités métiers.
« Ce qui manque aujourd’hui dans les entreprises, c’est une application concrète dans l’activité et dans les métiers. Les gens doivent comprendre comment leur travail contribue au problème, et quels leviers ils peuvent activer. »
De nombreuses études existent pourtant sur l’évolution des métiers face aux transitions environnementales, notamment au sein des opérateurs de compétences. Le problème : elles restent souvent peu accessibles.
« Les rapports existent, mais ils sont au fin fond de sites web. Il y a un vrai enjeu à les vulgariser pour que les personnes qui veulent transformer leur organisation puissent s’appuyer sur des arguments concrets. »
Le rôle clé du middle management
Un autre point important a émergé lors des échanges : le rôle du management intermédiaire dans la transformation des entreprises.
Selon la réalisatrice, on observe aujourd’hui deux dynamiques parallèles :
des salariés et syndicats très engagés sur ces sujets,
des dirigeants qui prennent progressivement conscience de la nécessité de transformer leur activité.
Mais entre les deux, un maillon reste parfois fragile : le middle management.
« Souvent, des initiatives fortes sont portées par les salariés ou par la direction. Mais entre les deux, le middle management n’est pas toujours formé à ces sujets et peut involontairement bloquer les projets. »
Former ces profils aux enjeux environnementaux pourrait donc être un levier majeur pour accélérer la transformation des organisations.
Transition écologique et emploi : destruction ou transformation ?
Enfin, les discussions ont abordé une question souvent présente dans le débat public : l’impact de la transition écologique sur l’emploi.
Aujourd’hui, l’attention médiatique se concentre largement sur l’intelligence artificielle. Selon Hélène Cloître, la transition écologique risque ainsi de passer au second plan. Pourtant, les deux phénomènes ont un point commun : ils transforment les métiers.
« Comme pour les transformations numériques précédentes, certains métiers vont évoluer ou disparaître, mais de nouveaux vont aussi apparaître. »
Les études montrent même que l’atteinte des objectifs climatiques pourrait conduire à une création nette d’emplois, notamment dans des secteurs comme l’énergie, l’électrification, la rénovation thermique des bâtiments, l’agriculture etc.
Le principal défi ne serait donc pas tant la disparition des emplois que l’adaptation des compétences : « Il manque aujourd’hui énormément de profils techniques, notamment pour des métiers de techniciens dans l’énergie ou la rénovation des bâtiments. »
La transition énergétique transforme les métiers et fait émerger de nouveaux besoins en compétences, notamment dans les secteurs de l’énergie et des énergies renouvelables.
Cet événement s’inscrit dans la programmation du MoHo Impact Club, qui réunit chaque mois une diversité d’acteurs engagés pour se former, partager et agir face aux défis environnementaux. Pour plus d’informations sur le MoHo Impact Club, contactez cesar@moho.co