Retour sur la conférence de Philippe Nantermoz au MoHo Impact Club
« Je suis convaincu que la transformation écologique des modèles économiques est une nécessité pour les entreprises. »
Une idée centrale, qui a guidé l’ensemble de la conférence de Philippe Nantermoz au MoHo Impact Club.
Entrepreneur engagé, conférencier et business angel, ancien président de Legallais et du Groupe Grand Comptoir, Philippe Nantermoz a rappelé d’emblée que dans le monde actuel, personne ne détient la vérité individuelle. Les réponses à venir seront nécessairement collectives.
Voici les enseignements clés transmis par Philippe Nantermoz au cours de cette session.

Notre biais collectif face à la croissance
Depuis notre naissance, nous avons tous grandi dans un environnement marqué par la croissance économique, avec un système qui repart toujours malgré les crises. La croissance est donc perçue comme une constante, presque une loi naturelle.
Ce raisonnement est pourtant biaisé, car la production d’un phénomène pendant plusieurs décennies ne garantit pas qu’il soit infini. En projetant mécaniquement le passé sur le futur, nous oublions que les conditions qui ont rendu cette croissance possible (ressources abondantes, énergie bon marché, dynamique démographique) ne sont plus réunies aujourd’hui.
Notre rapport à la croissance repose ainsi moins sur une certitude rationnelle que sur une habitude collective.
Le PIB : un indicateur de crise devenu boussole permanente
Pour comprendre notre obsession de la croissance, il faut revenir à la naissance du PIB.
Cet indicateur est créé dans les années 1930, après la crise de 1929, alors que les États-Unis font face à une catastrophe économique et sociale majeure. Simon Kuznets, futur prix Nobel, conçoit alors le PIB comme un outil de pilotage de crise, un thermomètre temporaire.
Mais ce thermomètre va devenir une boussole permanente.
Entre 1965 et aujourd’hui, le PIB mondial a été multiplié par 50, tandis que la population mondiale n’a été multipliée « que » par 2,3. Pendant plusieurs décennies, notamment entre les années 1920 et 1970, cette croissance s’est accompagnée d’une amélioration réelle du bien-être : innovations majeures, confort matériel, baisse de la pénibilité du travail, accès aux loisirs.
Quand la croissance ne rime plus avec progrès
Mais le PIB mesure-t-il vraiment ce qui compte ?
Comme le rappelait déjà Robert Kennedy : « Le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. »
Lire un livre à son enfant, voir ses amis, faire du sport, s’engager bénévolement : tout cela n’entre pas dans le PIB. À l’inverse, les catastrophes, les accidents, les maladies, la pollution génèrent… de la croissance économique.
Un arbre vivant, qui rend d’immenses services écosystémiques, ne vaut rien dans le PIB. Abattu et transformé en planches, il devient soudain une richesse.
Ce décalage interroge profondément notre manière de piloter nos sociétés.
Une croissance qui s’essouffle structurellement
Philippe Nantermoz ne parle pas d’une crise passagère, mais d’une tendance longue. Avec un taux de croissance toujours en baisse :
- Années 1950-1960 : environ 5 % de croissance mondiale
- Années 1970 : environ 4 %
- Années 1980-1990 : environ 2,2 %
- Aujourd’hui : autour de 1 %
La croissance se tasse depuis plus de 70 ans. Depuis l’an 2000, la France n’a connu qu’une seule année de croissance nette, c’est-à-dire une croissance sans augmentation de la dette, en 2001. Autrement dit, nous ne savons plus produire de la croissance sans nous endetter.
Or, dans le vivant, la croissance infinie n’existe pas. Un être humain grandit, puis se stabilise. Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, et pourtant, ils continuent à remplir leur rôle.

Pourquoi la parenthèse de la croissance se referme
Trois facteurs majeurs expliquent ces 75 années de croissance exceptionnelle, et ils sont aujourd’hui en train de disparaître :
- L’abondance des énergies fossiles : nous avons bâti notre économie sur des ressources qui ont mis des millions d’années à se former. Aujourd’hui, nous consommons environ 16 milliards de litres de pétrole par jour.
- L’illusion de ressources infinies : longtemps, les ressources naturelles ont été considérées comme gratuites et inépuisables. Nous constatons désormais leur épuisement dans presque tous les domaines.
- Une démographie dynamique : le baby-boom et la croissance démographique ont mécaniquement soutenu l’économie. Désormais, la démographie est déclinante dans la plupart des régions du monde.
Cela ne signifie pas que les entreprises ne pourront plus se développer, mais que le cadre global change. Le temps de la post-croissance est venu.
Pour un monde plus sûr, plus sain, plus utile et plus robuste
Face à un contexte géopolitique instable, socialement fragile et environnementalement dégradé, Philippe Nantermoz appelle à construire un monde différent :
- plus sain, en s’attaquant aux causes profondes des maladies : alimentation, pesticides, PFAS, énergies fossiles, plastiques,
- plus utile, dans un monde où la futilité a pris trop de place,
- plus robuste, en sortant de la logique de surperformance et de suroptimisation, comme le défend le biologiste Olivier Hamant.
Vendre toujours plus devient une injonction intenable dans un monde aux limites planétaires finies.
Mais, « la fin d’un monde n’est pas la fin du monde ». C’est simplement la fin du modèle que nous avons connu depuis 75 ans.
Réenchanter l’avenir : du « toujours plus » au « toujours mieux »
Notre grand défi collectif est désormais de réenchanter l’avenir.
Pendant longtemps, l’avenir était perçu comme naturellement radieux. Aujourd’hui, il inspire souvent l’inquiétude. Pourtant, Philippe Nantermoz en est convaincu : un avenir plus sain, plus sobre et plus désirable est possible.
Passer du « toujours plus » au « toujours mieux », c’est redécouvrir ce qui nous fait réellement du bien : le lien, les passions, le sens, la qualité plutôt que la quantité.
Comme il le résume lui-même : « Je suis persuadé que le meilleur est à venir. »
À condition d’accepter de regarder non pas uniquement au centre du système, mais aussi à ses marges, là où émergent les mouvements qui dessineront le monde de demain.

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