L’adaptation au changement climatique : le monde en mouvement

Dans un monde qui pourrait se réchauffer de 2,7 °C d’ici 2050, adapter nos territoires et nos modes de vie est une nécessité (Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique – TRACC, Ministère de la Transition écologique, 2023).


Alors que les vagues de chaleur se multiplient, que certaines régions connaissent des sécheresses inédites et que les littoraux subissent une érosion accélérée, l’adaptation désigne l’ensemble des mesures mises en place pour réduire la vulnérabilité des sociétés et des territoires aux impacts du climat. Il s’agit de repenser l’urbanisme, l’agriculture, la gestion de l’eau, les infrastructures et nos modes de vie pour faire face à un monde déjà transformé.

Face aux épisodes de sécheresse, territoires et agriculteurs expérimentent de nouvelles pratiques résilientes.

En France : adaptation intégrée dans la loi et planification nationale

La France a franchi une étape majeure en inscrivant la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation dans le code de l’environnement par décret le 23 janvier 2026. Cette trajectoire, construite à partir des données du GIEC (6ᵉ Rapport d’évaluation, groupe I, science du climat, 2021), sert de référence pour les politiques d’adaptation : elle prévoit des scénarios de +2 °C à +2,7 °C d’ici 2050 et jusqu’à +4 °C en moyenne d’ici la fin du siècle si les émissions continuent sur leur trajectoire actuelle, et devient un cadre indispensable pour guider durablement l’action publique.

Cette trajectoire structure le 3e Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3), publié le 10 mars 2025. Avec 52 mesures et plus de 200 actions concrètes à court, moyen et long terme, ce plan vise à protéger les populations, renforcer la résilience des territoires et intégrer l’adaptation dans toutes les politiques publiques (gestion de l’eau, urbanisme, santé, agriculture, etc.).

Mais sur le terrain, l’intégration varie selon les niveaux d’action : certaines collectivités ont déjà commencé à repenser leurs plans d’aménagement pour tenir compte des projections climatiques, mais beaucoup manquent de ressources pour mettre en œuvre pleinement les mesures.

Au Marais Poitevin (Nouvelle‑Aquitaine), la restauration des zones humides aide à stocker l’eau et à adapter les paysages au changement climatique.

Un financement à l’échelle internationale

Au niveau mondial, la COP30, tenue à Belém en novembre 2025, a aussi servi de plate-forme pour réaffirmer et renforcer le financement de l’adaptation :

  • Des pays européens ont annoncé des engagements pour alimenter le Adaptation Fund, avec des promesses totalisant environ 135 millions de dollars pour soutenir les communautés vulnérables.
  • Plusieurs banques multilatérales de développement ont promis de mobiliser jusqu’à 185 milliards de dollars d’ici 2030 pour l’atténuation et l’adaptation dans les pays à faible et moyen revenu, une enveloppe majeure pour accélérer des actions concrètes de résilience.

La France, en amont de la COP30, a confirmé son rôle financier dans le soutien mondial à l’adaptation : en 2024, elle a mobilisé 7,2 milliards d’euros pour l’action climatique dans les pays en développement, dont 3 milliards spécifiquement dédiés à l’adaptation, un montant en hausse par rapport aux années précédentes.

Enjeux géopolitiques & défis

La COP30 a mis en lumière des tensions politiques persistantes sur l’adaptation. Les pays en développement ont rappelé qu’ils émettent moins de 1 % des gaz à effet de serre mondiaux, mais souffrent disproportionnellement des impacts et réclament des financements plus importants pour l’adaptation, une demande encore débattue au sein des négociations internationales.

Le continent européen est l’un des plus rapides à se réchauffer, avec des risques accrus pour l’énergie, l’eau, la nourriture et la santé. Malgré l’urgence des impacts en Europe, les stratégies nationales peinent parfois à traduire l’ambition en actions concrètes rapidement déployées.

L’adaptation en action dans le monde

L’adaptation ne se limite plus aux discours politiques : des projets concrets émergent partout dans le monde.

Dans l’Etat insulaire de Tuvalu dans le Pacifique, particulièrement exposé à la montée du niveau de la mer, a mené un programme d’adaptation côtière depuis 2017 en collaboration avec le Fonds vert pour le climat et le PNUD, renforçant les défenses naturelles et la résilience des communautés.

Dans le Pacifique, des politiques de restauration des mangroves sont menées pour protéger les communautés insulaires des inondations et tempêtes.

Au Malawi en Afrique australe, des projets de restauration de bassins versants et d’irrigation solaire financés à hauteur de dizaines de millions de dollars améliorent la sécurité alimentaire et la résilience de centaines de milliers de personnes face aux sécheresses.

En Suède, Danemark et Pays-Bas, des politiques de gestion des eaux pluviales, renaturation des zones humides et infrastructures vertes sont déjà intégrées dans les plans urbains pour faire face aux risques d’inondation en ville (plusieurs villes nord-européennes rapportent des programmes pilotes très avancés).

Des jugements récents montrent aussi l’évolution du droit climatique : aux Caraïbes, un tribunal des Pays-Bas a statué que le gouvernement avait discriminé l’adaptation climatique des habitants de Bonaire, ordonnant une réponse étatique plus ambitieuse, et envoyant un signal fort sur la justice climatique et les obligations d’adaptation.

Ainsi, l’adaptation au changement climatique est désormais une priorité mondiale, mais sa mise en œuvre reste inégale. Face à des impacts qui se font déjà sentir, l’adaptation n’est plus seulement une question technique : elle devient un projet collectif, politique et social. Préparer nos territoires, protéger les plus vulnérables et repenser nos modes de vie, c’est autant un défi qu’une opportunité de transformer nos sociétés pour qu’elles soient résilientes, durables et solidaires.

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